Le franc suisse comme valeur refuge : comment la BNS façonne le CHF

Le franc suisse comme valeur refuge : comment la BNS façonne le CHF

Table des matières

Le franc suisse est une valeur refuge car la Suisse combine une faible inflation, un excédent courant persistant, d'importants avoirs étrangers et une stabilité politique. Les investisseurs achètent des dollars en période de panique sur les marchés, ce qui fait grimper la monnaie. La Banque nationale suisse intervient alors pour limiter une appréciation excessive du franc, en modifiant les taux d'intérêt et, au besoin, en intervenant sur le marché des changes.

Une monnaie refuge est une monnaie qui tend à conserver sa valeur, voire à s'apprécier, lorsque les marchés mondiaux sont sous tension. Peu de monnaies jouent ce rôle avec autant de constance que le franc. Cette réputation est une source de fierté pour la Suisse et, en même temps, un casse-tête récurrent pour ses exportateurs et pour la banque centrale qui doit en gérer les conséquences.

Pour quiconque souhaite échanger des paires de devises CHF , le comportement du franc prend tout son sens lorsqu'on comprend les deux forces à l'œuvre : des flux monétaires entrants en période de nervosité mondiale et une banque centrale ouvertement disposée à réagir.

Pourquoi les investisseurs se ruent sur le franc

Le statut de valeur refuge ne se décrète pas ; il se mérite par la constance des comportements face aux crises successives. Pour le franc, il repose sur quelques caractéristiques structurelles qui évoluent lentement :

  1. Un excédent persistant de la balance des paiements courants. La Suisse affiche un excédent de sa balance des paiements courants depuis les années 1980, comme l'a souligné Thomas Jordan, ancien président de la BNS, dans un discours prononcé en 2017. Le pays perçoit davantage du reste du monde qu'il n'y dépense, ce qui engendre une demande sous-jacente soutenue de francs suisses.
  2. Avoirs importants à l'étranger. Des décennies d'excédents ont permis aux investisseurs, aux fonds de retraite et aux assureurs suisses de se constituer d'importants portefeuilles à l'étranger. En période de crise, une partie de ces capitaux est rapatriée, ce qui implique l'achat de francs suisses.
  3. Inflation faible et stable. La BNS assimile la stabilité des prix à une inflation annuelle comprise entre 0 % et 2 %, et l'inflation suisse est restée généralement faible par rapport aux normes internationales. Une monnaie qui perd peu de pouvoir d'achat constitue un placement naturel pour son épargne.
  4. Stabilité politique et neutralité. Les institutions suisses, la démocratie directe et la longue tradition de neutralité réduisent le risque que ses intérêts ne soient entraînés dans des conflits à l'étranger.
  5. Un système financier solide et fiable. Le franc est liquide et largement négocié, ce qui permet à d'importantes sommes d'y affluer rapidement en cas de forte augmentation des craintes.

Aucun de ces facteurs ne garantit l'appréciation du franc lors d'une crise particulière. Cependant, leur combinaison explique pourquoi tant de capitaux se dirigent vers cette devise lorsque l'actualité se dégrade.

La boîte à outils du SNB

Un franc fort renchérit les exportations suisses et diminue la valeur des importations, ce qui peut faire chuter l'inflation sous la fourchette cible de la BNS. Lorsque la demande de valeurs refuges devient excessive, la banque centrale dispose de plusieurs outils pour la contrer :

Outil

Comment ça marche

Utilisation notable

Taux directeur

La baisse des taux d'intérêt suisses rend les dépôts en francs moins intéressants par rapport aux autres devises.

Fixé lors des évaluations trimestrielles de la politique monétaire en mars, juin, septembre et décembre

taux d'intérêt négatifs

Le fait de facturer aux banques la détention d'importants soldes en francs décourage les entrées de capitaux.

Baisse du taux à −0,75 % en janvier 2015

Interventions sur le marché des changes

La BNS vend des francs et achète des devises étrangères pour affaiblir le franc (ou fait l'inverse).

Utilisée à plusieurs reprises ; la BNS dit qu'elle reste prête à intervenir si nécessaire.

Taux de change minimum

Un plancher déclaré que la BNS promet de défendre par des interventions illimitées

1,20 CHF par euro, septembre 2011 à janvier 2015

La Banque nationale suisse (BNS) fait preuve d'une transparence inhabituelle quant à sa volonté d'intervenir sur le marché des changes. Plutôt que de se fier uniquement aux taux de change, elle a indiqué à plusieurs reprises qu'elle interviendrait si elle jugeait que l'évolution du franc suisse menaçait la stabilité des prix. Cette disposition est un élément dont les cambistes tiennent compte quotidiennement dans leurs cours du franc suisse.

15 janvier 2015 : le jour où le plancher s'est brisé.

L'épisode le plus célèbre de l'histoire moderne du franc suisse illustre la rapidité avec laquelle les engagements d'une banque centrale peuvent évoluer. En septembre 2011, alors que la crise de l'euro attirait des capitaux vers la Suisse, la BNS annonçait qu'elle ne tolérerait plus un taux de change EUR/CHF inférieur à 1,20 et qu'elle défendrait ce niveau par des interventions illimitées.

Pendant plus de trois ans, ce fut le cas. Selon l'historique du taux de change minimum établi par la BNS elle-même , celle-ci a acheté près de 250 milliards de francs suisses de devises étrangères entre septembre 2011 et janvier 2015 pour maintenir ce taux.

Le 15 janvier 2015 à 10 h 30, la BNS a supprimé son taux plancher et abaissé simultanément son taux de dépôt à -0,75 %. Immédiatement après cette décision, le taux de change EUR/CHF est tombé à 0,85, comme l'ont constaté les autorités de la BNS. Dans son communiqué, la banque centrale a indiqué que le maintien de ce taux plancher n'était plus justifié compte tenu de l'évolution du contexte international.

Le choc s'est propagé bien au-delà de la Suisse. Des traders qui pensaient que le krach boursier était permanent se sont retrouvés avec des positions importantes, certains courtiers ont subi de lourdes pertes suite à la mise en solde négatif des comptes de leurs clients, et la liquidité a temporairement disparu. Plusieurs leçons de cette journée demeurent pertinentes :

  • Une promesse de banque centrale est une politique, pas une loi naturelle. Elle peut prendre fin sans préavis.
  • Les positions trop nombreuses aggravent les chocs. Lorsque tout le monde se base sur la même hypothèse, il ne reste plus personne pour défendre le point de vue opposé.
  • Les ordres stop ne sont pas une garantie. Sur un marché présentant des écarts, les ordres peuvent être exécutés bien avant leur seuil de déclenchement.
  • L'effet de levier transforme les surprises en catastrophes. Une opération qui serait douloureuse sans effet de levier peut anéantir un compte grâce à l'effet de levier.

Des écarts de cette ampleur sont rares, mais c'est pourquoi les traders prudents examinent attentivement le comportement de leurs ordres sur des marchés volatils et la gestion des soldes négatifs, qu'ils utilisent la plateforme de négociation de devises et de CFD de NumanCap ou tout autre fournisseur. Il est judicieux de se poser cette question avant une crise, et non pendant.

Où en est la BNS en ce moment ?

Lors de sa dernière évaluation trimestrielle du 24 septembre 2026, la BNS a maintenu son taux directeur inchangé à 0 %. Dans son allocution d'ouverture de la conférence de presse, la BNS a indiqué qu'elle restait disposée à intervenir sur le marché des changes au besoin et que ses prévisions d'inflation conditionnelle restaient entre 0 % et 2 %, un niveau qu'elle considère comme synonyme de stabilité des prix.

L'évolution du franc suisse en 2026 illustre la rapidité avec laquelle le contexte économique peut changer. Au début de l'année, le franc a atteint son plus haut niveau par rapport au dollar américain depuis plus de dix ans, selon CNBC, l'incertitude mondiale alimentant la demande de valeurs refuges. En septembre, il s'est déprécié face à l'euro et au dollar, l'écart entre les taux d'intérêt suisses et étrangers se creusant à mesure que les autres banques centrales resserraient leur politique monétaire. Une même devise peut ainsi jouer des rôles très différents en quelques mois.

La prochaine évaluation est prévue en décembre. Étant donné que les anticipations de taux, les signaux d'intervention et les prévisions d'inflation convergent chaque année à ces quatre dates, elles figurent parmi les événements les plus scrutés pour le franc suisse.

Un refuge sûr n'est pas à sens unique.

Une erreur courante est de considérer le franc comme une monnaie dont la valeur ne peut que s'apprécier. En réalité, son évolution dépend de la conjoncture des marchés mondiaux et des décisions de la Banque nationale suisse.

conditions du marché

Comportement typique du franc

Pourquoi

Stress mondial soudain

Tendance à se renforcer

Achat et rapatriement d'actifs suisses à l'étranger dans des refuges sûrs

Marchés tranquilles et à risque

Souvent plus doux

Les investisseurs empruntent en dollars à faible rendement pour acheter des actifs à rendement plus élevé (l'opération de portage).

Augmentation des taux d'intérêt à l'étranger, taux suisses à zéro

La pression s'affaiblit

L'élargissement de l'écart de taux d'intérêt favorise les autres devises.

Le fort renforcement du franc menace l'objectif d'inflation

Les gains peuvent être plafonnés

Risque d'intervention SNB

Le carry trade mérite une attention particulière. Avec des taux suisses proches de zéro, le franc suisse est une devise intéressante à emprunter. Cette stratégie fonctionne bien sur des marchés calmes, mais en cas de retour de la peur, ces positions sont rapidement dénouées et la ruée vers le rachat de francs peut amplifier l'appréciation de la devise.

L'or et le franc : les deux havres de la Suisse

La Suisse est associée à la sécurité de deux manières. Outre sa monnaie, elle joue un rôle prépondérant sur le marché physique de l'or, et les deux attirent souvent simultanément les mêmes capitaux inquiets.

Ce lien va bien au-delà du simple symbolisme. Une grande partie de l'or mondial passe par les raffineries suisses avant d'arriver dans les coffres, chez les bijoutiers et dans les banques centrales. Nous expliquons comment cela s'est produit et pourquoi c'est important pour les flux mondiaux d'or dans notre guide sur le rôle de la Suisse comme plaque tournante mondiale du raffinage de l'or .

Trading de CHF : points pratiques

Pour les cambistes, le rôle de valeur refuge du franc crée à la fois des opportunités et des risques particuliers. Quelques habitudes pratiques peuvent s'avérer utiles :

  • Prenez note du calendrier de la BNS. Les évaluations trimestrielles de mars, juin, septembre et décembre ont souvent pour effet de faire fluctuer le CHF, même lorsque la décision relative au taux est attendue.
  • Surveillez les risques mondiaux, et pas seulement ceux de la Suisse. Les fluctuations du franc suisse sont en grande partie dues à des événements hors continent, allant des ventes massives d'actions aux chocs géopolitiques.
  • Respectez le risque d’intervention. La BNS peut agir en tout temps et ses interventions ne sont pas annoncées à l’avance.
  • Ampleur des gaps. L'année 2015 a montré que le CHF peut fluctuer beaucoup plus que ne le suggère la volatilité normale.
  • Comprenez bien vos paires de devises. L'EUR/CHF est fortement influencé par la conjoncture européenne et la politique de la BNS ; l'USD/CHF reflète également le rôle de valeur refuge du dollar américain, ce qui explique leurs comportements très différents.

La structure du compte est aussi importante. Les exigences de marge, la gestion des positions sur les marchés volatils et l'application de la protection contre le solde négatif varient selon le fournisseur et le type de compte. Avant de négocier une devise comme le franc, prenez quelques minutes pour déterminer le type de compte qui vous convient et lisez attentivement les conditions qui s'y appliquent.

La vue de notre bureau

Le statut de valeur refuge du franc est réel et amplement mérité, mais il ne garantit ni la croissance ni la stabilité. Chez NumanCap, notre équipe éditoriale perçoit le franc comme une monnaie à double facette : un refuge qui attire les capitaux en période de crise, et un instrument de politique monétaire que la BNS est disposée à piloter. Comprendre laquelle de ces deux facettes prévaut au quotidien constitue l'essentiel du travail.

Foire aux questions

Pourquoi le franc suisse est-il considéré comme une valeur refuge ?

La Suisse combine une faible inflation, un excédent de sa balance des paiements courants depuis les années 1980, d'importants avoirs étrangers, une stabilité politique et un système financier solide. En période de tensions internationales, les investisseurs achètent des francs et les investisseurs suisses rapatrient leurs capitaux, ce qui tend à renforcer la monnaie lorsque les autres marchés sont en baisse.
La Banque nationale suisse a mis fin de manière inattendue à son taux de change plancher de 1,20 CHF pour un euro, qu'elle défendait depuis septembre 2011, et a abaissé son taux de dépôt à -0,75 %. Le taux de change EUR/CHF a chuté à 0,85 immédiatement après cette décision, ce qui a entraîné de lourdes pertes pour les cambistes et certains courtiers qui avaient recours au marché à la criée.
La BNS peut abaisser son taux directeur, ce qui réduit l'attrait des francs suisses, et intervenir directement en vendant des francs et en achetant des devises étrangères. Elle a également eu recours à des taux d'intérêt négatifs et, entre 2011 et 2015, à un taux de change plancher par rapport à l'euro. Elle dit rester prête à intervenir si nécessaire.
La Banque nationale suisse tient ses réunions d'évaluation de la politique monétaire trimestriellement, en mars, juin, septembre et décembre. Chaque réunion comprend une décision sur les taux d'intérêt, une prévision d'inflation conditionnelle actualisée et des indications sur sa politique de change. Le 24 septembre 2026, le taux directeur était maintenu à 0 %.
C'est possible. Le franc suisse se renforce généralement en période de tensions mondiales soudaines, mais les interventions de la BNS, les différentiels de taux d'intérêt et le débouclage d'autres positions peuvent jouer contre lui. Son rôle de valeur refuge décrit une tendance observée lors de nombreuses crises, et non une règle absolue ; c'est pourquoi les positions en CHF nécessitent toujours une gestion des risques rigoureuse.

Cet article est fourni à titre informatif seulement et ne constitue en aucun cas un conseil financier, d'investissement, fiscal ou juridique. La politique des banques centrales et les taux de change changent ; les chiffres relatifs à la politique actuelle de la BNS reflètent la date indiquée et pourraient ne plus être d'actualité. Les fluctuations passées des devises ne préjugent pas de leurs mouvements futurs. Le trading de produits à effet de levier tels que le forex et les CFD comporte un risque élevé de perte rapide en capital, et vos pertes peuvent être supérieures à vos prévisions. La disponibilité de ces produits et les règles applicables varient selon les pays ; veuillez vous renseigner sur la réglementation en vigueur dans votre pays de résidence avant de trader.